Jean-Pierre Raffarin et la Francophonie

maria_ombre-1

André Malraux rencontra, on le sait, Mao Zedong sous l’impulsion du Général de Gaulle le 27 janvier 1964. Dans le cadre de l’année Malraux et dans le prolongement de la numérisation des archives du Journal du Parlement placés sous le patronage de la Commission, nous avons souhaité, en exclusivité remettre à l’honneur un article de Jean-Pierre Raffarin sur le français et la défense de la francophonie aux jeux Olympiques de Pékin…

J’ai commencé à observer la Chine il y a plus de 30 ans. J’ai la conviction depuis longtemps qu’elle deviendrait, au cours de ce siècle, la première puissance mondiale. La Chine n’est pas seulement un pays ou même une région du monde : elle représente un bouleversement politique, comparable d’une certaine manière aux nouvelles technologies qui nous ont incités à voir l’économie mondiale différemment. Lorsque la communauté internationale a décidé d’attribuer les Jeux Olympiques à la Chine, c’était avec la conviction que cet engagement accélèrerait son intégration dans la communauté occidentale tout en adoptant nos règles de gouvernance économique et de démocratie. Avec les Jeux Olympiques de Pékin et l’Exposition universelle de Shanghaï en 2010, la Chine a choisi deux événements de culture occidentale pour exprimer son ambition. Cette ouverture au monde, la Chine l’espère depuis longtemps pour rejoindre les grands pays modernes et développés.

La Chine a prouvé, ces dernières années, qu’elle partage notre vision multipolaire du monde. Elle a été l’alliée des pays francophones pour l’adoption à l’UNESCO de la convention pour la protection et la promotion des expressions culturelles. Face à la prétention d’« un monde global », elle prône la diversité culturelle.

En tant que Grand Témoin de la Francophonie, je serai à Pékin aux Jeux Olympiques, aux côtés du Président de la République, Nicolas Sarkozy, pour mesurer les efforts de la Chine et rendre compatible « sa diversité » avec les valeurs de l’olympisme. Mes prédécesseurs, Hervé Bourges, ancien Président de France Télévisions et du Conseil supérieur de l’audiovisuel et Lise Bissonnette, Présidente de la Bibliothèque et des Archives nationales du Québec, ont été respectivement Grands Témoins pour les Jeux Olympiques d’Athènes et de Turin. Sur la base de leurs conclusions, j’ai repris le flambeau, cherchant à pérenniser le partenariat de l’Organisation internationale de la Francophonie avec le CIO et le COJOB. Faciliter la participation de tous les francophones présents à Pékin – Délégations sportives, journalistes, spectateurs – et respecter le français comme langue olympique sont deux conditions nécessaires pour la diversité linguistique dans le monde. C’est un engagement que la Francophonie a pris aux côtés des autres communautés linguistiques internationales.

La place du français, langue officielle de 29 pays sur les 68 États et Gouvernements de l’Organisation internationale de la Francophonie, parlée par plus de 175 millions de locuteurs dans le monde, est liée à son statut et à son usage comme langue officielle et langue de travail dans les Organisations internationales, les Institutions européennes et les grandes manifestations mondiales culturelles et sportives.

C’est au nom de la Charte olympique et de son article 24 que j’ai signé, en présence des Présidents de la République Hu Jintao et Nicolas Sarkozy, la première Convention sur la place de la langue française aux Jeux Olympiques. Cette Convention, qui définit les modalités de coopération entre la Francophonie, ses États et Gouvernements membres et le COJOB, devrait permettre aux Jeux de Beijing une avancée importante pour le maintien des valeurs du Baron Pierre de Coubertin et la réaffirmation du rôle du français en tant que langue officielle de l’olympisme.

Des actions concrètes sont prévues par la Convention et complètent le dispositif du COJOB, notamment en matière de traduction pour la plateforme officielle INFO2008, de signalétique sur les sites, de traduction en français des principales publications, dont le Guide du spectateur et de recrutement des 40 traducteurs journalistes nécessaires pour une bonne promotion en français des Jeux Olympiques de Pékin. À la suite de mes entretiens avec le Président du COJOB, M. Lui Qi, j’ai la certitude que la Chine entend honorer ses engagements et nous permettra ainsi de stopper les dérives notées lors des Jeux précédents.

Avec Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie et Jacques Rogge, Président du CIO, je participerai à la manifestation francophone organisée le 9 août 2008 à 12h30, qui rassemblera les plus hautes Autorités chinoises et francophones présentes à Pékin en l’honneur de la diversité culturelle.